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Qui ne
connaît pas aujourd'hui en France les Journées du Patrimoine? Elles
rassemblent plus de 11 millions de visiteurs dans près de 14.000 lieux ouverts
à cette occasion. Mais les Journées du Patrimoine, ce sont aussi 46 pays
impliqués dans l'aventure soit au total plus de 20 millions d'européens à la
découverte de quelque 30.000 monuments et sites le temps d'un week- end dans
l'année.
Derrière
ces chiffres impressionnants, quelle est la réalité des Journées européennes
du Patrimoine que l'on soit organisateur ou participant? C'est ce qu'ont voulu
savoir le Conseil de l'Europe, les trois Régions de la Belgique et la Fondation
Roi Baudouin en organisant un colloque international pour la première fois
entièrement consacré aux JEP et intitulé "Les Journées européennes du
Patrimoine - Les clefs d'un succès et les défis de demain" (Bruxelles
22-24 avril 1999). Une trentaine d'orateurs (universitaires, acteurs de terrain,
responsables d'associations…) ont été invités à présenter leur analyse de
ce qu'il est désormais convenu de considérer comme l'un des plus grand
rendez-vous annuel du patrimoine en Europe.
Côté
participants, près de 250 experts du patrimoine venus de 42 pays européens et
non-européens ont répondu à l'invitation et ont accepté de participer à ce
premier bilan qualitatif des Journées depuis leur création au niveau national
et européen.
Le
compte-rendu* qui en est proposé aujourd'hui présente une véritable analyse
du "phénomène JEP". Il s'articule autour de trois axes
majeurs : la présentation des concepts véhiculés par les Journées -tels
que Patrimoine et Identité-; l'impact de cette manifestation sur les politiques
patrimoniales et sur les pratiques culturelles des citoyens; et l'avenir des
Journées.
La
réflexion engagée en avril dernier a montré combien les JEP illustrent
l'extension du champ patrimonial de ces dernières décades. L'approche de la
manifestation s'est faite plus anthropologique, selon le mot du rapporteur
général Yannis Tsiomis, et met dorénavant en exergue, à côté d'un
patrimoine strictement monumental, un patrimoine immatériel à la valeur
identitaire forte. Parallèlement, on observe que la notion de patrimoine
national est progressivement remplacée par celles de patrimoines régional et
européen. Et si le sentiment d'une identité européenne a longtemps été
l'apanage d'une petite minorité et d'une élite, il est désormais partagé par
un grand nombre. A leur échelle, à travers une démarche commune, les JEP
contribuent directement à promouvoir cette identité européenne dont le
fondement est la diversité culturelle.
Par
ailleurs, le taux de fréquentation, en augmentation annuelle de 10 à 15 %,
montre l'importance de l'impact des JEP sur les pratiques culturelles des
citoyens. On enregistre aussi une diversification des publics, toujours plus
intéressés et exigeants sur la qualité de la manifestation. De même, les
budgets et le personnel alloués à l'organisation de la manifestions n'ont
cessé d'augmenter ces dix dernières années, ce qui prouve l'intérêt des
pouvoirs publics pour un événement devenu majeur dans le calendrier culturel
de bon nombre de pays.
Cependant,
un bilan - si positif soit-il - ne servirait à rien sans une autocritique
constructive. Et en effet, il apparaît très clairement que pour continuer
d'innover les JEP devront relever plusieurs défis : dépasser leur dimension
événementielle tout d'abord; poursuivre les efforts de sensibilisation de
toutes les couches de la population ensuite - en particulier des jeunes et des
plus défavorisés-; renforcer dans le public la perception de la dimension
européenne des Journées; et enfin, favoriser les échanges avec des
opérations de sensibilisation menées hors d'Europe.
Quatre
défis, quatre objectifs qui mettent en lumière combien il est important de
créer des dynamiques capables non seulement de réunir et de sensibiliser
davantage les écoliers et les jeunes, mais aussi de trouver des financements et
de nouveaux partenariats, et enfin, d'améliorer la communication faite autour
de l'aspect européen des JEP.
Déjà
des solutions, toutes reprises dans la publication, ont été proposées en
avril dernier : ajouter un jour de la semaine au traditionnel week-end;
préparer en collaboration avec les professeurs des visites guidées par les
écoliers eux-mêmes; renouveler la pédagogie d'approche du patrimoine en
développant la dimension ludique; étendre la gratuité en dehors des JEP à un
ou plusieurs week-end dans l'année; multiplier les partenariats avec les
municipalités, associations et autres organismes locaux; renforcer les liens
entre pouvoirs publics et secteur privé…
Ces
pistes doivent être encore développées tandis que d'autres sont à inventer
et à explorer. Car enfin, et c'est peut-être la grande conclusion de ce
colloque, le succès des JEP est solidaire de la liberté qui est donnée aux
acteurs de concevoir eux-mêmes leurs activités et d'en assurer la mise en
oeuvre. Ce n'est pas un concept monolithique imposé d'en-haut à des acteurs
dénués d'imagination. Ce n'est pas non plus un concept préétabli. Au
contraire, en même temps qu'il est mis en oeuvre, on continue à réfléchir à
son contenu, à ses partenaires, à sa forme. Ce principe de liberté suppose de
la part des organisateurs créativité et volonté de travailler ensemble,
fragile équilibre toujours en construction, mais qui prouve - s'il en est
besoin - que les Journées européennes du Patrimoine n'ont jamais cessé
d'évoluer.
Isabelle
HUTEAU
Bureau
de Coordination des JEP
Fondation
Roi Baudouin
* Pour
obtenir gratuitement des exemplaires du rapport de synthèse du colloque
international
"Les
Journées européennes du Patrimoine – Les clefs d’un succès et les défis
de demain",
veuillez
contacter le
Centre
de diffusion de la Fondation Roi Baudouin
Boite
Postale 96, Ixelles
B - 1050
Bruxelles
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