Extrait d'un projet collectif à travers la France, l´Italie, la Slovénie, la Croatie, la Bosnie, la Serbie-Monténégro et la Roumanie en camion. par Benjamin Geminel
Images en itinérance par Benjamin Geminel
Sarajevo, Belgrade, Zagreb, ces noms me faisaient inévitablement penser à la guerre. Je n´avais pas eu le courage d´y aller. La Roumanie, c´était forcément une femme tzigane, plutôt jolie. J´avais très envie de donner une vision intime de ces pays, du quotidien et du banal. Eviter mes clichés. Me concentrer sur une ville. Mais une ville, c´est trop grand. Un village, une famille ? Non, une personne. Je décidais de m´arrêter dans chacun de ces pays, dans un village et d´y suivre quelqu´un pendant une semaine. J´ai alors réfléchit à la façon d´aller au plus près des personnes que j´allais photographier. Il fallait qu´ils me connaissent... Je devais, pour bien faire, pouvoir me présenter rapidement, que l´on sache d´où je venais et ce que je faisais ici. En mai 2002, avec deux photographes, nous achetons un Renault Master que nous transformons en labo photo. Il allait nous permettre de développer au jour le jour les photographies pour exposer notre travail. D´où je viens ? Il fallait montrer Nanterre, mon quartier, ma rue... Mes voisins sont yougoslaves. Panic, ancien flic serbe reconverti dans la mécanique, construisait un hélicoptère dans son garage. Après quelques verres de rakia, je photographiais Panic. Le soir, je développais dans le camion. Une semaine après j´exposais les photographies sur une place du quartier. Début juillet je photographiais le propriétaire d´un camping à Aoste. J´exposais ses photos à côté de celles de Panic. Deuxième quinzaine de juillet, c´était un jeune slovène, puis des tziganes du Kosovo réfugiés en Croatie. Fin août je rencontrais un jeune berger dans un village au sud de Sarajevo, situé à quelques mètres du front serbe pendant la guerre. Ne pas s´éloigner avec lui des chemins, à cause des mines. Jamais les habitants n´avaient été conviés à un vernissage. Les chèvres broutaient au pied des structures d´exposition. Puis je photographiais un jeune serbe, et enfin Ghiorge, berger mondain de Roumanie. En Roumanie, dernière étape du voyage, l´exposition rassemblait sept pays, sept villages, sept personnes. Bizarrement, le quotidien d´un serbe ressemblait à celui d´un croate, d´un nanterrien ou d´un bosniaque. Au retour, l´exposition était présentée aux habitants des capitales des pays traversés. Les photographies devenaient prétextes à discussion, l´occasion de prendre les nouvelles des pays voisins dont on ne savait plus grand-chose depuis la guerre. A la mairie de Craïova en Roumanie, au SKC de Belgrade, sur les palissades qui protégeaient la bibliothèque brûlée de Sarajevo, au centre culturel français de Zagreb, à la galerie municipale de Nanterre, à Paris, Avignon, Lille, Villejuif... Avec le temps et le recul j´ai voulu tirer les images autrement et éliminer pour des raisons esthétiques ou de compréhension certaines séries. Ainsi les photographies prises en Croatie et en Serbie ne figurent pas dans les tirages présentés ici, réalisés de retour en France à partir des négatifs numérisés. Le grain est dû à la température très élevée du Renault-labo-photo, des poussières se sont glissées à l´intérieur de mon Leïca. Je les ai laissées.